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La légitimité au fondement d’une morale de la subversion

jeudi 24 mai 2012, par ana

La légitimité est un concept articulé avec celui de loi mais, précisément, en écart et en possible opposition à ce dernier. Ce concept, dissociant le légal et le juste, permet un mouvement de recul à l’égard des lois en place. La légitimité est ainsi au fondement d’une morale de la subversion. Elle l’était déjà lorsque la légitimité des lois humaines était discutée à la lumière des lois divines. Le concept de légitimité est une pensée du contre-pouvoir. Dans un État laïque et une société moins pratiquante, ce contre-pouvoir n’est plus limité par l’Église et par Dieu ; la légitimité n’est plus mesurée selon l’étalon des lois de Dieu mais se donne elle-même sa mesure. Cette mesure n’est pas fixe.

La légitimité ne se laisse pas définir. On ne peut pas dire ce qu’elle est.

Il n’y a pas de légitimité objective.

La légitimité n’est pas une vérité.

La légitimité est l’ébranlement des vérités.

On ne peut pas dire ce qu’est la légitimité, on peut dire ce qu’elle fait.

La légitimité ne peut être définie (il n’y a pas d’objectivité de la légitimité), la légitimité ne peut être finie (il n’y a pas de statisme de la légitimité). La légitimité n’est pas une vérité mais une pensée. Elle est un mouvement de mise en branle des vérités en place.

La légitimité est un concept seulement dans la dimension deleuzienne (nietzschéenne ?) du terme : ce concept n’est pas une définition arrêtée mais une pensée en mouvement pour mettre en mouvement la pensée, une pensée accélérant la pensée.

Le concept de légitimité n’est pas une vérité mais ce qui s’oppose au concept de vérité.

Le concept de légitimité est un outil critique. Le concept de légitimité est une arme.

Parce que la légitimité est un mouvement elle s’oppose au statisme.

Parce que la légitimité est un mouvement elle sera toujours contre le pouvoir en place.

La légitimité ne vise pas nécessairement à la destruction du pouvoir en place, mais elle est toujours son ébranlement. Cet ébranlement est profond, il atteint les structures mêmes de l’appareil de pouvoir.

La légitimité est nécessairement anti-totalitaire car l’État totalitaire est celui qui se hausse à état de vérité totale.

Parce que la légitimité est un concept en mouvement, parce qu’elle est toujours à repenser,
Parce que la légitimité n’est pas un concept objectif, parce qu’elle peut être pensée par tout sujet,
La légitimité est un concept démocratique.

Si la légitimité a été un instrument de l’Église contre l’État, elle est aujourd’hui l’un des plus forts outils de la démocratie. Il n’y a pas là détournement du concept de légitimité : au contraire, parce que celui-ci est un concept subjectif toujours en mouvement, il est par essence (essence, parfum qui passe dans l’air, essence qui n’est que mouvement, fugacité) un concept de démocratie participante ne cessant de rajeunir, ne cessant de déplacer le pouvoir, de le faire fuire vers l’avenir sans jamais l’arrêter. Ce concept est une critique du pouvoir et sa reconstruction-destruction perpétuelle : il est ce qui doit permettre de ne jamais laisser le pouvoir aux mains d’un ou d’une poignée d’hommes mais aussi ce qui doit permettre de toujours réinventer le politique.

La légitimité est un outil dont nous nous emparons : il faut continuer à inventer sa manipulation. Il est ce que nous en faisons.

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